Japon – Mai 2018

Ma formation auprès de Carlos Pereira s’est achevée mi-juin.
Au mois de Mai, Carlos, ma collègue de formation et moi-même sommes partis pendant trois semaines au Japon afin de prendre connaissance des projets menés là-bas.

Avant de parler de ce séjour il me faut tout d’abord revenir aux origines du projet principal :
en 2014 Carlos Pereira rencontre le professeur Tetsuro Matsuzawa, primatologue de renommée internationale et alors directeur du Primate Research Institute – Université de Kyoto. Impressionné par ses travaux avec les chimpanzés Carlos s’aventure à lui demander si d’après lui de telles recherches pourraient également être menées avec les chevaux. La réponse de Monsieur Matsuzawa est simple : « je ne sais pas, essayons! ». Quelques mois après cet échange le PRI recrutait un cheval et deux ponettes dans une petite structure équestre proche du PRI et le professeur Masaki Tomonaga commençait les premiers tests avec les écrans tactiles.

Dans le même temps, afin de compléter les recherches en laboratoire avec une approche de terrain (indispensable selon la vision de l’approche scientifique par les Japonais et ils ont raison!) un site d’observation des chevaux en conditions naturelles était choisi au nord du Portugal, Serra d’Arga.
Aujourd’hui une équipe japonaise part chaque année plusieurs mois observer les chevaux et plusieurs élèves (2 post doctorat et 2 doctorants) dédient leurs recherches à leur étude.

Photos © Lucie Seuret (www.flickr.com/photos/lucie-seuret)

Notre séjour Japonais au mois de Mai avait pour objectif de rencontrer une partie de l’équipe japonaise travaillant sur le projet, voir les expériences menées en laboratoire avec les chimpanzés et les poneys ainsi que d’en apprendre davantage sur la culture japonaise et les rapports entretenus au singe et au cheval.
Pendant dix jours nous avons assisté aux tests que les chimpanzés font quotidiennement dans la section Langage et Intelligence de l’institut. Ces tests ont pour principal objectif de réaliser des études en sciences cognitives et d’en apprendre davantage sur le langage non-humain et humain. Les chimpanzés ont entre 18 et 52 ans et vivent en deux groupes séparés et mixtes dans des espaces clos recréant au mieux leur environnement naturel.

(https://langint.pri.kyoto-u.ac.jp/ai/en/publication/JieGao/Gaojie2017-Primates.html)

Les trois poneys font aussi quotidiennement (environ 10min/jour/cheval) une série de tests. Il s’agit également de comprendre leurs capacités cognitives. Parallèlement à cela les poneys participent à de petites activités équestres auprès d’enfants et d’adultes débutants. Les poneys sont dans des boxes, pieds nus et profitent quotidiennement ensemble de la carrière comme d’un paddock.
(Au Japon l’espace disponible pour accueillir des chevaux et des installations équestres est très restreint, les chevaux sont donc rares, seul le nord du pays offre de grands espaces qui permettent d’accueillir la majeure partie des élevages du pays, chevaux pur-sang essentiellement destinés aux courses.)

Autre découverte du séjour, nous avons eu la chance de rencontrer des maîtres de Yabusame, l’art du tir à l’arc à cheval. Une initiation nous a été donné et les échanges furent passionnants. Encore présente lors de cérémonies shinto importantes cette pratique compte peu d’adeptes, encore une fois à cause du peu de chevaux à disposition mais également parce que la tradition se perd, laissant la place à une pratique de la discipline davantage tournée vers le sport.

Quelques semaines avant de partir pour ce séjour j’apprenais qu’un stage auprès des chevaux et à l’institut de primatologie serait possible pour moi dans l’été. J’ai donc refais mes valises deux mois après pour trois mois de stage!

Re présenter le cheval

Pendant ma formation j’ai commencé à reprendre les crayons et pinceaux pour tenter de trouver de nouvelles approches artistiques de mon nouveau sujet.
Rien de réellement nouveau tant le cheval a été représenté tout au long de sa vie auprès des hommes mais pour ma part ça l’est puisque durant toutes mes études artistiques et après dans mes recherches personnelles le cheval est complètement absent. Comme beaucoup de petites filles qui font du poney j’ai bien sûr fait de nombreux dessins de mon animal adoré mais lorsque l’Art est devenu pour moi une affaire sérieuse j’ai mis l’animal au placard. Comment un cheval ou pire, un poney peuvent-ils prétendre à revenir dans cette sérieuse entreprise de représenter le monde alors même que nous ne faisons plus rien de sérieux avec eux, que nous ne construisons plus le monde avec eux?
Et puis surtout ma connaissance du cheval se résumait au centre équestre qui n’était pas en soi un lieu pouvant nourrir quelque inspiration (bien que celui dans lequel j’ai fait mes débuts était réellement un lieu inspirant tant dans son architecture, situé dans les écuries d’un vieux château au Pays-Basque que dans la manière dont les choses étaient conduites par les gérants. C’est d’ailleurs lors d’une visite dans ce lieu après des années d’absence que je fit mes premières photographies de chevaux avec une esquisse d’intention artistique).

Car c’est bien de cela qu’il s’agit, dans ses représentations artistiques les plus achevées le cheval n’est jamais dissocié de son rôle auprès de l’humain ni de son environnement, construit par ou pour lui (agriculture/champs de batailles/écuries). Et aujourd’hui la difficulté est de réinventer l’approche de la représentation du cheval mais peut-être aussi de l’animal en général puisque nous n’entretenons plus les mêmes rapports avec eux.

 

Pendant mes années d’études en écoles d’arts la présence animale dans mon travail était fugace même si j’étais dans le fond très intéressée par cette question je n’ai pas osé l’aborder de front, trop influencée par les travaux d’autres élèves et d’artistes qui je trouvais en faisait quelque chose un brin superficiel tant leur propre rapport à l’animal était faible.
Ainsi dans mon projet de fin d’étude la présence animale reste sauvage, indomptée, à distance. Les animaux qui rentrent dans mes représentations ne me sont pas proches, ce sont des serpents, des caïmans, des oiseaux…

Ne pouvant désormais plus échapper à ce questionnement de la représentation du cheval je vais modestement tenter de faire le pont entre ma pratique artistique et mon rapport au cheval. Ci-dessous quelques pistes de recherches, dans un registre plutôt illustratif et en vidéo. Rien de plus pour l’instant que des essais….

         

références :
Théodore Géricault (1791 -1824) Cinq chevaux vus par la croupe, dans une écurie.
Rosa Bonheur – The Horse Fair, 1852–55
Vélasquez – Le comte d’Olivares et  l’héritier de la couronne d’Espagne.
Théodore Géricault – Le derby d’Epsom.